En partenariat avec L’L, Bruxelles (avec l’aide de Wallonie-Bruxelles International) et avec la Ville de Pont-Saint-Esprit
Depuis la saison 2024-2025, La Maison danse CDCN a rejoint le réseau international de L’L | chercher autrement en arts vivants.
Structure basée à Bruxelles, L’L accompagne des pratiques de recherche sur le long terme, volontairement inscrites en-dehors de la chaîne habituelle de production et de représenta-tion. Alliant travail réflexif et pratique de plateau, une recherche à L’L est un processus qui s’étend sur plusieurs années à raison d’au moins quatre résidences annuelles, réparties dans différents lieux grâce à un réseau de partenariats internationaux (avec le soutien de Wallonie-Bruxelles international), et pour lesquelles les résident es-chercheur·es sont ac-compagné·es, et soutenu·es financièrement par bourse via L’L fondation (fondation d’utilité publique).
www.llrecherche.be
Cette saison, La Maison danse accueillera l’artiste Estelle Labes au sein du studio mobile, installé au Prieuré Saint-Pierre à Pont-Saint-Esprit.
« Pour cette recherche, je souhaite aborder, par le prisme des arts vivants, des enjeux liés à la hié-rarchisation des sens et des langues. En me référant à la linguistique et à l’histoire de la langue des signes, qui est ma langue maternelle, je souhaite analyser et proposer de nouvelles expériences di-rectement liées aux perceptions – et aux modalités narratives, culturelles, politiques et historiques qu’elles induisent.
Comme point de départ, je me pencherai sur le Congrès de Milan (1880). C’est un événement im-portant pour la communauté sourde en Europe, car il a été le lieu et le moment de l’interdiction abso-lue de l’apprentissage et de l’expression de la langue des signes, au profit de la méthode dite « orale ».
255 professionnels de la santé et de l’éducation, représentant 10 pays (Italie, France, Angleterre, Allemagne, États-Unis, Belgique, Suisse, Canada, Russie et Suède), étaient présents à ce Con-grès, ainsi que trois personnes sourdes, sans interprète, faisant cas d’école… Il faudra attendre 2005 pour lever l’obligation de la méthode orale pour l’éducation des sourds en France.
Je m’intéresse à ce Congrès car il me semble que les enjeux et les conséquences qu’il a soulevés sont toujours d’actualité – et ne touchent pas uniquement la communauté sourde. En effet, nos corps mêmes, lieux de l’intime et du politique, sont encore héritiers du contexte scientifique et moral de cette période. La course au progrès, la médecine uniformisante, la hiérarchisation des langues et des cultures (notamment par l’abolition des dialectes et la légifération qui en découle) continuent de promouvoir une certaine idée de la normalité.
Pour aborder de manière vivante ces sujets, je souhaite expérimenter une écriture non verbale et sensible, et tenter de faire théâtre et signe hors de l’oralité. J’ai fait mienne cette approche car elle implique nos sens : tout comme une langue, ils influencent notre manière de nous rapporter au monde, ont le pouvoir de déclencher des narrations et du contenu sensible et induisent des expé-riences à la fois singulières et collectives. »
Estelle Labes, février 2025
PARCOURS D’ARTISTE : Estelle Labes
Née en 1990 à Paris, Estelle Labes vit et travaille entre Bruxelles et Paris.
En 2009, elle commence des études d’architecture à l’ENSAV La Cambre, pour aborder ensuite le corps, le dessin et la vidéo à l’ERG, à Bruxelles toujours.
À la suite de ces apprentissages, elle entame un travail personnel à la fois documentaire, sensoriel et formel. Installation, performance, édition, cinéma expérimental : ses terrains d’exploration sont pluriels.
Enfant de parents nés sourds, elle pense sa pratique à la croisée de la langue des signes française et du langage cinématographique. La question des sens est un autre champ de réflexion qui tra-verse son travail. Elle s’intéresse en particulier à la multiplicité de nos perceptions « silenciées » par la suprématie accordée à la vue et à l’oralité, qui influe sur nos capacités d’agir et de (se) raconter.
En septembre 2024, elle est lauréate du programme de résidence « 2-12 » de la Cité internationale des arts (Paris).
Photo © Estelle Labes