En partenariat avec le cinéma Le Capitole, Uzès
Depuis plusieurs années, La Maison danse et le cinéma Le Capitole s’associent pour vous proposer des projections en lien avec la programmation. Cette saison, La Maison danse a donné carte blanche à la chorégraphe Julie Vuoso. Elle a décidé de nous faire découvrir des films qui l’ont marquée et qui ont influencé son travail. Pour Julie, ce ne sont pas forcément des films de danse, mais des films engagés et/ou féministes. Après Ma vie de courgette en novembre, vous pourrez découvrir Sois-belle et tais-toi ! de Delphine Seyrig.
Sois-belle et tais-toi ! est un film documentaire de Delphine Seyrig réalisé entre 1975 et 1977. Elle y interviewe vingt-trois actrices françaises et américaines (parmi lesquelles Shirley McLaine, Jane Fonda, Maria Schneider, Marie Dubois ou Ellen Burstyn), sur leur expérience professionnelle en tant que femme, leurs rôles et leurs rapports avec les metteurs en scène, les réalisateurs et les équipes techniques. Le bilan collectif est plutôt négatif sur une profession qui ne permet que des rôles stéréotypés et aliénants.
« Le mot « sororité » n’existait pas encore, ces femmes l’inventent sans le savoir devant nous. Ce manifeste calme, précurseur du mouvement #MeToo, a connu une sortie confidentielle en 1981. […]
C’est comme si l’on trouvait un trésor enfoui, fragile mais intact, scintillant toujours de mille feux. Un trésor de paroles libres, si vivantes et contemporaines, qu’on revérifie de quand il date. Sois belle et tais-toi ! est un documentaire de cinéma en même temps qu’un document historique. » Jacques Morice, Télérama, septembre 2025
PARCOURS D’ARTISTE : Delphine Seyrig
Actrice, réalisatrice et militante féministe, Delphine Seyrig est née en 1932 au Liban et passe son enfance d’un pays à l’autre. En 1952, elle s’installe en France, suit des cours de théâtre et décroche son premier rôle, avant de partir aux États-Unis. À New York, elle découvre la méthode de l’Actor’s Studio. C’est là-bas qu’elle obtient son premier rôle au cinéma. Repérée au théâtre par Alain Resnais, elle tourne dans L’Année dernière à Marienbad en 1961, où son interprétation, empreinte d’une théâtralité énigmatique, lui vaut une reconnaissance immédiate.
Delphine Seyrig devient alors l’incarnation d’une forme de modernité du cinéma français. Resnais la dirige à nouveau, puis elle tourne avec François Truffaut, Jacques Demy, Harry Kümel, Luis Buñuel ou encore William Klein et Joseph Losey.
Militante féministe engagée, elle signe, aux côtés de Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Romy Schneider ou Simone de Beauvoir, le Manifeste des 343 Salopes, publié en avril 1971 dans Le Nouvel Observateur, et participe quelques mois plus tard à la Marche des Femmes. Au cinéma, elle se tourne vers des réalisatrices dont elle apprécie la vision nouvelle. Elle collabore notamment avec Marguerite Duras sur quatre films, avec Chantal Akerman, mais aussi avec Liliane de Kermadec, Patricia Moraz, Pomme Meffre ou l’artiste expérimentale et anticonformiste allemande Ulrike Ottinger.
Delphine Seyrig passe naturellement de l’autre côté de la caméra. Avec Carole Roussopoulos, pionnière de la vidéo et activiste féministe, elle réalise alors deux films militants et impertinents. De 1976 à 1981, l’actrice s’attelle à la réalisation du documentaire, Sois belle et tais-toi !.
Avec ses camarades féministes, elle fonde en 1982 le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, consacré à la mémoire des luttes des femmes.