Nuit

Sylvain HUC

Le 11 juin 

Entourés d’un noir à la fois épais et velouté, trois corps s’adonnent à un flux commun, s’abandonnent comme apaisés malgré un continuum musical aux climats presque oppressants. Une plongée hypnotique aux sensations profondément troublantes.

Wrapped in thick velvety darkness, three dancers merge in englobing flow and let go with a sense of relief despite a continuous musical background that could be construed as oppressive. A hypnotic incursion that emanates deep and upsetting waves.

Et si la nuit était une occasion possible d’échapper à l’ordre du temps ? D’en éprouver son élasticité, de s’oublier dans d’autres temporalités, de s’imprégner d’autres façons de se connecter avec ce qui nous entoure ?
Dans un jeu de pénombres fluctuantes, trois corps semblent enfouis dans une mélopée intérieure, à la fois personnelle et étrangement partagée. Une certaine souplesse, douceur, langueur même, se dégage des mouvements de ce trio, pourtant immergé dans les eaux troubles et denses d’une partition sonore qui s’infiltre dans les moindres replis du plateau. Une tension continue suinte de cette cohabitation apparemment sourde. Un continuum qui se noue et se dénoue, presque imperceptiblement, mais jamais ne relâche sa progression…
On retrouve dans ce trio le goût du chorégraphe pour une construction lente et sinueuse – comme on a pu l’apprécier dans son solo LEX, présenté en ouverture d’Uzès danse 2019. On retrouve aussi cette façon d’enserrer le plateau dans une puissante « gangue sonore », pour reprendre son expression. Mais alors que LEX parsemait sa trame d’indices ou d’éléments narratifs, Nuit affirme une poétique avant tout formelle dont l’enjeu est de nous plonger dans « une expérience du corps, du temps, de la lumière – et de leurs perceptions ». Une expérience à la fois immersive et kinesthésique.


Conception, Chorégraphie Sylvain Huc
Interprétation Lucas Bassereau, Mathilde Olivares, Gwendal Raymond
Conseiller artistique et chorégraphique Thiago Granato
Assistants Loran Chourrau, Mathilde Olivares
Lumières Fabrice Planquette, Manfred Armand
OEil Pascale Bongiovanni
Univers sonore Fabrice Planquette
Costumes Lucie Patarozzi
Régie générale Manfred Armand
© Loran Chourrau

Coproduction, partenaires La Maison - CDCN Uzès Gard Occitanie, le Théâtre de Nîmes, Fabrik Postdam (Allemagne), le Bureau du théâtre et de la danse / Institut français en Allemagne, le Festival Interplay (Turin) et la Lavanderia a Vapore (Italie) dans le cadre du programme Étape Danse, Festival Montpellier Danse 2021 - résidence de création à L’Agora, cité internationale de la danse, Le Gymnase | CDCN Roubaix – Hauts-de-France, La Place de la Danse - CDCN Toulouse / Occitanie, le théâtre Garonne, scène européenne (Toulouse), l’Usine Centre national des arts de la rue et de l’espace public (Tournefeuille / Toulouse Métropole), Le Parvis Scène Nationale Tarbes - Pyrénées. Avec le soutien du Carreau du Temple – Accueil Studio.
La Cie Sylvain Huc est conventionnée par le Ministère de la Culture / DRAC Occitanie, par la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée et Compagnie associée à la Ville de Tournefeuille. Sylvain Huc est artiste associé au Gymnase Ie CDCN Roubaix - Hauts-de-France, et artiste complice de la Place de la Danse - CDCN Toulouse/ Occitanie.

Rencontre avec Sylvain Huc (propos recueillis par Olivier Hespel)

D’où vous est venue l’idée de cette Nuit ?
Très concrètement, l’envie de ce projet a germé à partir d’une expérience nocturne que j’ai faite à Berlin, en été 2017, durant laquelle je me suis retrouvé à rentrer à pied d’un lieu où j’avais passé une bonne partie de la nuit, à l’occasion d’un festival de musiques expérimentales électro [Berlin Atonal]. J’ai traversé la ville, seul, jusqu’à l’appartement où je logeais. Une expérience somme toute banale. Mais cette longue marche m’a mis dans un état second, m’a plongé dans un autre temps – je ne sais pas comme l’exprimer autrement. C’est de cette sensation-là qu’est partie l’idée de Nuit  : faire une expérience du temps. Avec la question de voir comment, si le temps ordonne le monde, on peut s’offrir des interstices, des moments pour « désœuvrer » cela. Le « désœuvrement » a d’ailleurs été une notion-clé dans ce travail. Pas dans le sens commun que l’on pourrait donner à ce terme, qui serait de l’ordre de l’oisiveté ou de la passivité. Tout au contraire : dans le sens d’aller chercher des moyens pour suspendre et désactiver des usages, et en inventer d’autres.

Comment s’est construit ce trio ?
Dès le départ, j’avais l’image de trois corps baignant dans un même liquide qui, si l’on y versait une goutte d’encre colorée, celle-ci viendrait s’y diffuser, contaminer l’ensemble, d’une manière très lente et uniforme. Cette image a induit un travail sur une qualité de mouvement très particulière, qui relie ces trois corps, qui fait en sorte qu’ils ne sont qu’un seul organe, qu’ils sont perpétuellement interconnectés – qu’ils soient en contact direct ou non au plateau : l’idée que chacun de ces corps, en mouvement à un certain endroit, va forcément impacter les deux autres par ailleurs ; sans qu’il ne s’agisse pour autant d’un jeu d’action-réaction clair, mais que cela vienne se dessiner d’une manière plus complexe, plus diffuse, de l’ordre de ce que l’on appelle en anatomie la « tenségrité »… Nous avons ainsi beaucoup travaillé à partir des fascias, et sur l’imaginaire des fascias – ces tissus conjonctifs qui enveloppent toutes les structures de notre corps (muscles, vaisseaux, nerfs, os) –, en allant même jusqu’à imaginer que ces trois corps ne forment qu’un seul et immense fascia.

Qu’est-ce qui est important pour vous dans ce « trois et un » à la fois ?
Cela résonne très fort avec l’expérience berlinoise dont je vous parlais : ce paradoxe entre un fort sentiment de faire partie d’une même chose – dans laquelle on s’oublie totalement, dans laquelle l’identité est complètement dissoute – et, en même temps, sentir que tu es absolument seul·e. Ce paradoxe m’a renvoyé à la condition existentielle qui nous traverse tou·te·s en tant que sujet ou en tant que corps... C’est dans ce sens aussi qu’il m’importait beaucoup que, dans ce « trois », il ne soit pas question au plateau d’identités ou d’« étiquettes » particulières, mais qu’il s’agisse de présences avant tout anonymes.

  • samedi 11 juin à 19h30
  • durée 1h / L’Ombrière
  • Parking gratuit Ombrière - Refuge

    SUR PLACE
    Nous vous accueillons 1h avant le début de la représentation. Pas de bar, mais des boulangeries à proximité.

    ACCESSIBILITÉ
    L’Ombrière est accessible aux personnes à mobilité réduite. Afin de vous accueillir dans les meilleures conditions, signalez-nous votre situation avant votre venue, au 04 66 03 15 39.

    COVID-19
    Merci de respecter les règles sanitaires en vigueur au moment de la représentation. Pas de pass sanitaire, pas de masque obligatoire.

    VIGIPIRATE
    Pour des raisons de sécurité, il ne sera pas possible d’entrer en salle avec un gros sac ou une valise. Des mesures de sécurité sont mises en place, il vous sera demandé d’ouvrir vos sacs.

    À VOIR ENSUITE, LE MÊME SOIR
    21:30 SIMPLE (50’) AYELEN PAROLIN - Jardin de l’évêché
    23:00 CONCERT de BENOIST ESTE BOUVOT & POSTCOÏTUM - Bar du Jardin de l’évêché
  • Votre itinéraire sur Google Map

Partagez

tarifs & réservation