jeo politique

Laurent Pichaud

Le 12 juin 

En compagnie d’un ballon gonflable à l’image de la Terre, Laurent Pichaud et quatre acolytes se lancent dans une série de jeux aux accents de missions impossibles. Autant de tentatives téméraires qui, l’air de rien, sèment bien des images, aussi poétiques que politiques/écologiques.

With their sole accessory a beach ball representing planet Earth, Laurent Pichaud and four dancers leap into a series of games with overtones of mission impossible. They never give up, leaving us with images full of poetry and political/ecological messages.

Partenaire au long cours de La Maison CDCN, Laurent Pichaud poursuit son projet en jumelle, initié à l’occasion d’Uzès danse 2019, à partir du désir de « réactiver » le concept de jumelage entre villes et d’interroger la place que nous laissons à l’autre, à l’ailleurs. Depuis lors, en jumelle a bien voyagé : du côté de Nyon (en Suisse), de Dijon, du Jura, de Grenoble… Pour à chaque fois se réinventer en fonction de la réalité du territoire qui l’accueillait. Cette année, retour à la case départ, retour à Uzès, avec non plus une série de performances et d’installations, mais la première d’une pièce à part entière : jeo politique.
Le Parc du duché servira littéralement de terrain de jeux à cette création – juste en vis-à-vis de la nouvelle aire de loisirs installée par la municipalité. Construite autour de différentes épreuves, jeo politique réunit deux tandems de joueur·euse·s et un cinquième personnage, aux allures d’arbitre. Rien d’une compétition sportive pour autant ici, pas de médaille ou coupe à la clé non plus, mais une série de jeux aux règles plutôt absurdes avec, en leur centre, une planète Terre sous forme de ballon gonflable… Relié·e·s les un·e·s aux autres par un cordage, tâcher de maintenir dans les airs le « ballon- Terre » : un exemple des missions (quasi) impossibles que ces athlètes d’un certain genre vont devoir remplir. Une occasion parmi d’autres d’entremêler tonalités burlesques et sous-textes plus caustiques, entre autres, quant au sort que l’on réserve à notre mappemonde aux contours si fragiles.


Équipe artistique ... en jumelle à Uzès
Ondine Cloez performance
Laura Kirshenbaum performance
Laurent Pichaud conception, chorégraphie, performance
David Skeist musique, performance
Cédric Torne scénographie, performance
© Arya Dil, far° Myon

Production x-sud art/site Coproduction La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie, CCN2 de Grenoble. En 2019, en jumelle a reçu le soutien de la DRAC Occitanie et de la Région Occitanie au titre de l’Aide au projet.
Laurent Pichaud est artiste associé au CCN2 de Grenoble de 2020 à 2022. x-sud art/site est soutenue par le Conseil Départemental du Gard.

Rencontre avec Laurent Pichaud (propos recueillis par Olivier Hespel)

Peut-on dire que jeo politique est une forme de conclusion du projet en jumelle, initié lors de l’édition 2019 d’Uzès danse ?
Symboliquement, c’est en tout cas la dernière étape de ce projet à Uzès, oui. Mais ce n’est pas une conclusion d’en jumelle en soi, qui a connu d’autres points d’ancrage, sur d’autres territoires en France et en Suisse, et qui va poursuivre sa vie par ailleurs.

D’où vous est venue l’idée de cette « étape » ?
Lors d’une série de propositions, présentée à Nyon [Suisse] dans le cadre du projet en jumelle, nous avions notamment imaginé une courte performance autour d’un ballon gonflable, représentant la Terre, que nous portions au départ entre deux bâtons, comme sur un brancard, pour développer ensuite différents jeux plutôt absurdes. Cela avait créé un ensemble d’images très troublantes, aux tonalités à la fois burlesques et « tragico-comiques ». J’ai trouvé qu’il y avait là un matériau riche que j’ai voulu déployer pour en faire une pièce autonome : jeo politique, jeu de mots entre géopolitique et jeu politique – dont la première aura lieu à Uzès.

La question du jeu, précisément, est très présente dans votre travail. Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette notion ?
C’est un bon moyen, je trouve, pour stimuler une certaine empathie : dès que l’on comprend les règles d’un jeu, on a envie d’y jouer ou de prendre parti… Cet état empathique m’intéresse, tout en y apposant une dimension plus réflexive en proposant, dans le cas de jeo politique, des jeux où – au final – tout le monde est perdant, des missions impossibles mais drôles parce que ratées, et en plaçant au milieu de tout cela une donnée qui est la Terre, symbolique parfaite à la fois de l’en-commun et de ce qui nous échappe. Tout cela crée une polysémie « tragico-comique » qui fait signe de notre actualité, qui résonne notamment avec ces envies de voir le monde et l’environnement autrement, de changer nos modes de vie, d’être un peu plus enclin·e·s à certaines données écologiques... Et d’accueillir l’inquiétude géo-politique dans laquelle nous sommes plongé·e·s en ce moment.

Un enjeu écologique s’affirme en effet ici. Là où en jumelle portait, à son origine, une dimension avant tout socio-politique. Comment s’est opéré ce « glissement » ?
Je ne parlerais pas de glissement. Depuis 2001 que je fais des projets in situ, je pense avoir toujours été dans des enjeux qui vont de pair avec une dimension écologique, même si je ne l’affirmais pas comme tel à l’époque. […] Un principe a toujours été fondamental pour moi : ne jamais amener de techniques dans un endroit non équipé pour les accueillir, ne pas venir « phagocyter » un espace pour le transformer en théâtre. Pas question donc d’utiliser du matériel électrique pour amener du son ou des lumières au milieu d’un champ, par exemple... La question de vouloir co-créer des projets, c’est-à-dire de penser que l’arrivée d’un projet artistique dans un milieu prenne en compte ses interactions possibles avec ce milieu et ne cherche pas à s’y imposer tel quel : là aussi, il s’agit d’un positionnement et d’une éthique de travail qui, si on les interroge à l’aune écologique, ont tout leur sens.

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