Danse sur écoute

Clémence Galliard & Juliette Médevielle

Le 17 juin 

Raconter une danse, donner la parole à celles et ceux qui l’interprètent : deux enjeux au coeur de Danse sur écoute, dispositif insolite mêlant performance et émission radiophonique. À découvrir dans un format inédit, concocté pour la 27e édition d’Uzès danse, en partenariat avec Radio Fuze.

Putting dance into words, give the floor to those who perform it are two of the stakes at the heart of Danse sur écoute, an unusual approach that combines performance and radio show. Dreamed up for the 27th edition of Uzès danse, in partnership with Radio Fuze, this is a first that is worth the discovery.

Paradoxe s’il en est, les interprètes sont des artistes de l’ombre. On épingle peu leur travail. On entend rarement leur nom, et encore moins souvent leur parole… Interprète elle aussi, Clémence Galliard connaît bien le sujet. Et a voulu changer quelque peu la donne, en faisant parler ses confrères et consoeurs. Passionnée par les mots et fascinée par la technique d’audio-description des pièces de danse, elle s’est associée à Juliette Médevielle, réalisatrice à France Inter, pour mettre sur pied un projet, Danse sur écoute, qu’elles initient cette année au CND de Pantin, à MA scène nationale de Montbéliard et… au festival Uzès danse.
Le principe est à la fois simple et ingénieux : inviter un·e interprète à danser l’extrait d’une pièce pendant qu’en direct, Clémence Galliard raconte les gestes présentés, tout en y adjoignant des éléments d’information sur le parcours de cet·te interprète ou le contexte de création des mouvements partagés. Après quoi, le duo se retrouve devant un micro pour un entretien dévoilant davantage la personnalité de celle ou celui qui vient de danser, son métier, ses envies...
À la fois ludique, sensible et intime, l’aventure s’installe dans l’espace bar du Jardin de l’évêché, le temps d’une rencontre avec Dalila Khatir et Éric Martin, à partir d’un passage respectivement d’ALGERIA ALEGRIA de David Wampach, et de Guérillères de Marta Izquierdo Muñoz [voir pages 21 et 22]. À ce double rendez-vous, vient s’ajouter un entretien avec Liliane Schaus, histoire d’en savoir plus sur cette femme qui mène La Maison CDCN depuis bientôt 16 ans, et quitte ses fonctions cette année.


Conception Clémence Galliard, Juliette Médevielle
Présentation Clémence Galliard
Réalisation Juliette Médevielle
Technique Gérald Martin, pour Radio Fuze
Interprètes invités Dalila Khatir, Éric Martin
Entretien avec Liliane Schaus Marie Fringand, pour Radio Fuze
© Zelie Noreda


Rencontre avec Clémence Galliard (propos recueillis par Olivier Hespel)

Comment a germé l’idée de Danse sur écoute ?
J’ai été interprète pendant plusieurs années pour Philippe Decouflé. En 2019, pour les 30 ans de sa compagnie, le Théâtre national de Chaillot à Paris a organisé Tout doit disparaître, un événement rétrospectif de dix jours, qui a rassemblé près de 75 personnes ayant traversé l’histoire de la compagnie. En vue de cette programmation, j’avais proposé d’installer un studio radio, dans le grand hall du théâtre. Et pendant ces dix jours, avec une petite dizaine de danseur·seuse·s et comédien·ne·s, on a détourné les codes d’une radio classique à travers toute une série d’interventions en direct. Pour cette radio (qu’on avait baptisée RFC – Radio Folle de Chaillot), j’avais notamment imaginé une « chronique » durant laquelle un ou une interprète venait montrer un extrait de danse tirée d’une pièce de Decouflé, pendant que j’en faisais une audio-description mêlée à des anecdotes biographiques sur cette personne – un peu à l’image des commentaires sportifs, où à la fois on suit le cours de l’action et on reçoit des informations sur les joueurs, les équipes, etc. Après quoi, elle ou il venait s’asseoir à côté de moi, pour un entretien. Car je voulais surtout donner la parole aux interprètes – ce que l’on fait rarement –, donner la parole aux « ouvriers » et « ouvrières » de la danse, d’une certaine façon. Non pour une question de reconnaissance, de frustration ou d’« injustice », mais pour parler de cette place particulière dans la danse, et tâcher de la faire entendre.

Pourquoi le choix du médium radio ?
Je ne sais pas trop… Je suis une grande auditrice de radio ; c’est une espèce de fascination « ancestrale » chez moi… J’aime beaucoup aussi mettre de la parole sur les choses ; j’aime parler – c’est quelque chose que l’on m’a d’ailleurs beaucoup demandé de faire dans mon métier d’interprète en danse… À l’époque, j’avais également rencontré le travail d’audio-description de pièces de danse, réalisé par Valérie Castan, et j’avais trouvé cela « dément » de réussir à raconter la danse… Du coup, quand Philippe Decouflé nous a donné carte blanche pour faire des propositions à mettre sur pied pour les 30 ans de la compagnie, et sachant qu’il fallait investir tous les espaces de Chaillot, j’ai proposé cette idée de radio en direct dans le grand hall. L’idée a plu. J’ai alors contacté Juliette Médevielle, réalisatrice à France Inter (et qui avait travaillé à la production pour Philippe Decouflé auparavant), afin qu’elle vienne nous aider à préparer et à construire ces cinq heures journalières de direct radio.

Danse sur écoute : le titre évoque un petit côté enquête ou espionnage ; comme si la danse avait des secrets cachés, des secrets de fabrication, qu’il faudrait dévoiler…
C’est Juliette Médevielle qui a trouvé ce titre, avec l’idée de pencher un micro sur la danse pour qu’elle nous livre des choses... Ce titre a quelque chose de très visuel, de très concret. J’aime aussi son côté jeu de mots – ou blague presque. Et puis, le rapprochement de ces deux termes a un côté intriguant aussi – on ne mettrait pas spontanément ensemble « danse » et « écoute »… Alors que c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit ici. Avec l’envie – à terme – de créer une collection de podcasts à partir des différentes formes que connaîtra le projet.

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