Sérénités était son titre

Danya Hammoud - artiste associée

Le 12 juin 

Glissant entre mots et mouvements, Sérénités était son titre témoigne d’une pièce qui n’a pu voir le jour, nous dessine avec finesse la colère sourde d’un deuil, de tous les deuils, et la magnétique puissance qu’il y a à persister… et à signer sa propre histoire.

Gliding between words and movements, Sérénités était son titre bears witness to a work that never saw the light of day. With great finesse yet mute rage, it tells the story of grief, of all grief, and the magnetic power of resistance, of persisting and signing your personal story.

Lors du festival 2019, Danya Hammoud présentait une étape de travail de Sérénités, un trio au féminin qu’elle entendait comme une traversée commune, une migration. En juin dernier, la première de cette pièce aurait dû avoir lieu. Les événements sanitaires en ont décidé autrement… Le processus de création s’est malgré tout poursuivi. À deux désormais : Ghida Hachicho ne parvenant plus à venir du Liban à cause des restrictions de voyage imposées en ces temps de pandémie. Et le 4 août 2020 est arrivé, avec ces images d’un champignon quasi atomique qui s’élève du port de Beyrouth avant de s’étaler et de dévaster une grande partie de la capitale libanaise… Comment persévérer dans le travail après un tel choc ? Sérénités était son titre fait figure de réponse.
Sur un plateau blanc, à peine sculpté par la présence de deux micros sur pied entièrement noirs, Danya Hammoud et Yasmine Youcef retracent avec leurs mots l’histoire d’une pièce qui n’a pu exister, tout en veillant à offrir une présence à leur troisième partenaire, absente. Par leurs corps, elles nous en tracent aussi des fragments, de précieux débris, avec le bassin comme épicentre du mouvement : « ce lieu de potentiels de vie et de survie, capable de me permettre de continuer », nous dit l’une des deux interprètes. Un calme tendu traverse leur peau, leur voix, l’espace tout entier. À l’image d’une coulée de lave, évoquée au début de cette pièce qui « témoigne de la perte, de la disparition », précise la chorégraphe, et « de tous ceux qui ne veulent plus procrastiner leur vie ».

De Danya Hammoud
Avec Yasmine Youcef, Danya Hammoud
Son David Oppetit
Lumière Abigail Fowler
Collaborations pendant le processus Ghida Hachicho, Marion Sage, Anne Lepère
© Patrick Berger

Production Association L’Heure en Commun. Administration de production In’8 circle – Maison de production Marseille. Coproduction, partenaires La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie, Programme Étape Danse (Allemagne-France-Italie) initié par l’Institut Français d’Allemagne – Bureau du Théâtre et de la Danse, en partenariat avec La Maison CDCN, théâtre de Nîmes, Fabrik Potsdam, Interplay International Festival, avec l’aide de la DGCA – ministère de la Culture et de la Ville de Potsdam, deSingel (Anvers), Moussem (Bruxelles), Atelier de Paris CDCN, Charleroi danse – centre chorégraphique de Wallonie (Bruxelles), ICI–CCN de Montpellier – direction Christian Rizzo. Avec le soutien de la DRAC Occitanie et de la Région Occitanie dans le cadre de l’aide au projet, de la Cité internationale des arts – programme de résidences de l’Institut Français, cofinancé par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du Ministère de la Culture.

Rencontre avec Danya Hammoud (propos recueillis par Olivier Hespel)

Jusqu’à présent, vous avez toujours souligné l’importance du continuum dans votre écriture chorégraphique. Ici, on parlerait plutôt d’un partage de fragments…
Une autre manière de faire s’est imposée à moi – vraiment… Il faut se rappeler du contexte aussi. C’était l’été dernier. La première de Sérénités avait été reportée et devait avoir finalement lieu en septembre, à Paris. Ghida (une des trois interprètes de la pièce Sérénités) ne pouvait quitter le Liban pour des questions liées à la pandémie. Et est arrivé le 4 août, et cette terrible explosion dans le port de Beyrouth. Cela m’a mise dans un réel état de choc : je n’arrivais même plus à articuler, j’étais dyslexique… Se retrouver dans un tel état et devoir agir, cela change tout. Car je ne pouvais pas me dire « j’annule tout, et on verra » : je savais que quelque chose devait se terminer… Et je suis très contente de ce qui est sorti au final. Je me suis libérée, dans un sens, de toute une série de contraintes que je m’imposais… Depuis quelques années déjà, je sentais que quelque chose dans mon travail cherchait à aller ailleurs, mais je ne savais pas encore exactement où… Et là, cela s’est révélé à moi – cela s’est imposé à moi, comme je vous le disais.

La prise de parole au plateau. Là aussi, c’est un aspect radicalement neuf dans votre écriture chorégraphique… Cette envie de dire vient de là, aussi ?
Toute une série d’éléments ont préparé le terrain pour permettre l’arrivée de la forme qu’a prise Sérénités était son titre. Ceci est particulièrement vrai pour ce qui est de la parole et de l’écriture. En 2018-2019, j’ai créé une pièce avec le chorégraphe sud-africain Boyzie Cekwana [Bootlegged], dans laquelle il y avait du texte : un premier déplacement pour moi à ce sujet – même si, par le passé, j’ai travaillé longtemps dans le théâtre, je n’ai jamais touché à la parole dans mon propre travail chorégraphique... Mais l’élément le plus important – rétrospectivement – c’est quand, en janvier 2019, j’ai été invitée à présenter mon travail au CND de Pantin dans le cadre d’Occupation Artistique. Pour cette présentation, j’ai décidé d’écrire un texte sur ma démarche et de le lire. Cela fait longtemps que j’ai une pratique d’écriture sur mon travail, mais c’était la première fois que je la partageais en public… À partir de là, cette piste est devenue possible à mes yeux. (…) Plus directement lié à l’explosion du 4 août 2020, il y a l’aspect documentaire que peut comporter à présent mon travail. Pendant plusieurs mois, après cette explosion, je n’arrivais plus à regarder un film, à lire un roman. La fiction n’était plus possible ; elle m’était devenue presque impertinente.

Tout à l’heure, vous disiez vous être libérée de certaines contraintes. Lesquelles par exemple ?
Cette question du continuum, entre-autres, que j’estimais devoir exister avant tout à travers les corps, à travers un mouvement continu. Alors que cette continuité peut tout aussi bien exister d’un point de vue dramaturgique ou dans une tension des corps, qu’ils soient en train de dire ou qu’ils soient en mouvement… Ceci m’a permis aussi de regarder la continuité dans une perspective plus large : la continuité qui se compose aussi d’accidents, de sauts, de déviations… Comme nos vies. (…) Et si je reviens à la note d’intention de départ de Sérénités – l’idée d’une traversée, d’une migration dans l’espace –, en fait dans Sérénités était son titre, il est toujours question d’une traversée d’un point à un autre, mais plus uniquement de façon spatiale, et pas uniquement dans le corps. Tout le processus même a été une énorme traversée.

  • samedi 12 juin à 21h30
  • durée 45 minutes / au Jardin de l’évêché
  • Parking "de la mairie" ou "des Marronniers" à proximité.

    ACCESSIBILITÉ
    La majorité des lieux est accessible aux personnes à mobilité réduite. Afin de vous accueillir dans les meilleures conditions, nous vous invitons à nous signaler votre situation au 04 66 03 15 39.

    CONVIVIALITÉ
    Restauration légère, à emporter
    Présence de foodtruck avant les spectacles à L’Ombrière et au Jardin de l’évêché.
    Salon d’été, au Jardin de l’évêché
    Ouvert avant et après les représentations au Jardin.
    Les soirées peuvent être fraîches, pensez à prendre une couverture.

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