carte blanche

Ghida Hachicho

Le 12 juin 

Beyond a certain point, movement itself changes
(Au-delà d’un certain point, le mouvement lui-même change)

« Entre deux points de contrôle, une chorégraphie émerge. Dans ce projet, j’explore la dynamique spatiale du « croisement de Mathaf » à Beyrouth et sa transformation continue pendant la guerre civile libanaise jusqu’en 1987, lorsqu’une manifestation a démantelé cette frontière pendant une journée. La chorégraphie est une pratique de lecture du mouvement, utilisée pour cartographier et annoter les espaces en mouvement et leur articulation. » Ghida Hachicho

Conception, interprétation Ghida Hachicho
© Annahar Archive

Pour cette 26e édition du festival, nous proposons une carte blanche à notre artiste associée Danya Hammoud. L’occasion pour elle d’imaginer quatre rendez-vous, de nous inviter à quatre rencontres – au féminin pluriel – entre corps/mouvements et mots/paroles…

With this 26th edition of the festival, we have extended carte blanche to our associate artist Danya Hammoud. She has taken the opportunity to provide us with four different events, encounters in the feminine plural that bring together body/movement and words/language…

Par essence, on pourrait dire que la danse « échappe » aux mots. Ceux-ci sont pourtant bel et bien présents dans tout processus d’écriture chorégraphique. Ne fût-ce que pour inscrire les intentions de base d’une pièce, ou pour « archiver » les différentes réflexions et tentatives qui jalonnent sa construction.
Mais comment les mots agissent-ils dans une création chorégraphique ? Quelle·s cohabitation·s imaginer entre ces deux modalités d’expression que sont mots et mouvements ? Quelques-unes des questions que Danya Hammoud a confiées à trois chorégraphes-interprètes avec lesquelles elle a déjà pu travailler : Yasmine Youcef, Ghida Hachicho, Khouloud Yassine.
À chacune d’elles de s’emparer de cette invitation en proposant une forme courte et performative, en lien avec un projet en cours ou spécifiquement conçue pour l’occasion. À chacune d’elles ainsi, également, de partager son rapport aux mots, à la danse et au monde.
Quant à Danya Hammoud, en guise de quatrième rendez-vous de sa carte blanche, elle nous dévoile le premier volet d’une nouvelle aventure artistique pour elle : la réalisation d’une série de films documentaires. Là aussi, il est question de rapport au corps et au monde, de mettre des mots, de livrer une parole de femme.

Rencontre avec Danya Hammoud (propos recueillis par Olivier Hespel)

Pour cette Carte blanche, vous avez choisi de vous concentrer sur le rapport aux mots, à la parole et à l’écriture. Vous avez choisi trois invitées aussi…
J’ai choisi cet axe-là pour plusieurs raisons : à la fois pour poursuivre – et pour partager – une recherche que je mène depuis plusieurs années sur l’écriture comme un moyen de développement et de partage de la pensée du mouvement. Avec ici, un cadre assez précis : en partant d’un texte qui se rapporte à notre métier de chorégraphe ou d’interprète-danseuse, à son essence, à sa présence au monde, son rapport au monde... Pour ce partage, j’ai invité trois personnes avec qui j’ai déjà travaillé, avec qui je suis, depuis, en échange et en discussion autour de notre métier – et qui sont déjà venues à Uzès également : Yasmine Youcef (interprète dans Sérénités et dans Sérénités était son titre), Ghida Hachicho (Sérénités) et Khouloud Yassine (Mes mains sont plus âgées que moi). L’occasion aussi, pour le public du festival, de découvrir leurs travail et univers.

Une quatrième proposition dans cette Carte blanche nous conduit vers un autre rapport à l’écriture et aux mots : la projection du premier volet d’une série de films documentaires que vous avez commencé à réaliser. D’où vous est venue une telle envie ?
Cette démarche s’inscrit dans ma recherche autour de la parole à partir (et autour) du mouvement. À la grande différence que ce projet documentaire touche à un médium que je n’avais encore jamais exploré jusque-là, mais qui m’a toujours influencée et beaucoup apporté… Je tiens à préciser également que c’est un projet sur lequel je réfléchis depuis deux ans déjà – ce n’est pas la pandémie qui m’a guidée vers ce choix. Mais, concrètement, je n’ai pu commencer à filmer qu’en janvier de cette année. Dans le cadre de la Carte blanche, je pourrai donc présenter le premier volet de cette série documentaire que j’ai intitulée POREUX. Chacun des films de la série part de ma rencontre avec une femme ou une fille, et de mon envie de partager des questions autour du corps et du mouvement avec des femmes, à chaque fois de génération différente. L’enjeu de cette série n’est pas de faire un portrait de ces personnes – même si chaque volet (sa texture, son rythme, etc.) sera profondément influencé par la personne avec laquelle je serai entrée en dialogue. Chacune de ces rencontres se fait à partir d’un même point de départ : transmettre une partition de danse uniquement par la parole et par le texte – donc sans que je ne montre quoi que ce soit. À chacune alors d’essayer de mettre cette partition en mouvement. Même si cet enjeu de transmission n’est, en réalité, qu’un prétexte pour ouvrir avec chacune des conversations autour de ses expériences physiques, autour de son rapport à son propre corps, et du rapport au monde qu’elle vit à travers son corps.

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