HooDie

Olivier Muller

Le 31 janvier 

«  Pour vivre il faut toujours trahir les fantômes.  » Gaston Bachelard

I am a terrible child with terrible ideas and terrible feelings.

Elle est toujours là. Elle est toujours autour. Elle attend. Elle croise les bras et les jambes. Elle caresse ses cheveux qu’elle a coiffé en tresse ce matin. C’est avec ses mains qu’elle signe dans l’espace des lieux inédits, des lieux qui se cachent souvent. L’espace autour d’elle est fourni de statuettes, d’objets suspendus, de matières divines, célestes qu’elle tente d’attraper.

HooDie est née d’une recherche sur les pratiques sorcières comme possibilité d’écriture chorégraphique. La figure de la sorcière n’étant pas ici perçue comme sujet mais comme levier de mise au travail, qui agglomère des formes et induit des processus de travail.

Une autre figure est convoquée, celle de l’émeutier.ère. Elle y est comprise comme horizon, comme paysage. Elle agit également comme motif graphique ou chorégraphique. Elle invite à des phénomènes d’apparitions et de disparitions, et questionne le rapport aux identités floues, au camouflage et au dévoilement.

Le hoodie (sweat-shirt à capuche en anglais) est un objet incroyable et sans âge.
Il est à la fois un signe d’anonymat, de dissimulation et de protection.
Porté, il nous oriente vers l’intérieur. Regardé, il développe l’imaginaire de part son incroyable historicité.
Ce vêtement connecte autour de lui de nombreuses iconographies et une multitude d’univers.
Il me permet ici de déplier tout un ensemble d’imagerie et d’imaginaire du corps que je cherche à investir et déployer dans les danses.
A l’image d’une possession douce, il rend possible le voyage d’un corps à un autre , d’une histoire à une autre.

HooDie, ou comment le tissu d’une capuche enferme un espace sombre. Un espace qui figure par omission un visage, des visages, connus ou inconnus. On cache sa tête, on recouvre ses souvenirs et ses pensées.

Il y a dans l’acte de s’encapuchonner une histoire qui se tisse entre les êtres non conformes, ceux qui inspirent la peur ou les rires.
Dans l’espace sombre d’une capuche flottent les identités multiples et les fantômes du passé où les éléments de nos histoires s’abîment doucement avec le temps.

Qui est là ? Une personne qui bouge pour en faire apparaître d’autres.
Ce solo propose une entrée dans un récit d’ellipses où le corps cherche à recombiner les éléments d’une histoire fragmentée, une accumulation de différentes couches de superficialité qui crée de la profondeur.
Se découvrir au fur et à mesure tout en donnant à voir les forces et les fragilités sensibles d’un tel exercice de dévoilement.
Olivier Muller

A man dressed in sneakers, bermuda shorts and hoodie, a stage marked out with four curious sculpture-pillars put together with various recycled or fabricated objects – these are the main ingredients in Olivier Muller’s first solo. In a blend of dance, performance art and speech, the piece pivots around words like revolt, spirituality, carnival, and figures such as the witch or the rioter, but without directly addressing these subjects. Rather than rage, incantation or eruption, in this solo – from which the joyous plural energy of “we” emerges – the idea is freedom : reinventing oneself, playing, transforming, appearing, and disappearing.

Durée : 40 minutes
Conception Olivier Muller
Interprètes Olivier Muller + Isabela Santana
Regard extérieur Caroline Breton, Isabela Santana
Dramaturgie Youness Anzane
Son Benoist Bouvot
Lumières Laurence Verduci
Remerciements Emma Charrin

Artiste accompagné par le PÔLE DES ARTS DE LA SCÈNE - FRICHE DE LA BELLE DE MAI (Marseille)
dans le cadre de son soutien aux tout premier projet de jeunes artistes.

Production déléguée LA MAISON CDCN Uzès Gard Occitanie
Coproduction PÔLE ARTS DE LA SCÈNE - FRICHE LA BELLE DE MAI, ICI-CCN Montpellier Occitanie / Direction Christian Rizzo, THÉÂTRE DE NIMES, Scène conventionnée d’intérêt national - danse contemporaine – art et création, KLAP Maison pour la danse / Kelemenis & cie à Marseille
Avec le soutien du Collège Condorcet et du Conseil départemental du Gard
Remerciements Réseau en Scène Languedoc-Roussillon, Dans les Parages - Cie La Zouze Christophe Haleb à Marseille

Rencontre avec Olivier Muller

HooDie est votre première pièce personnelle. D’où vous vient l’idée de ce solo ?
En 2016, j’ai fait un solo avec Christophe Haleb, Retour sur Terre. C’était la première fois que je me retrouvais seul sur scène... Aujourd’hui j’ai 33 ans, j’ai étudié les arts plastiques, j’ai ensuite commencé la danse en tant qu’interprète. L’an dernier, j’ai terminé exerce à Montpellier, ma première école de danse. À côté de cela, je donne aussi des ateliers et je m’intéresse beaucoup aux pratiques somatiques... HooDie découle de toutes ces expériences. C’est une manière de me présenter, de travailler pour la première fois seul, avec mon propre corps, mon histoire, mon imaginaire. Une façon de me les réapproprier aussi. (…) Mais s’il fallait donner un point de départ plus précis, ce serait la recherche que j’ai menée pendant mes deux années de master à exerce où j’ai exploré la figure de la sorcière. À laquelle vient s’associer ici celle de l’émeutier. Deux images fortes de renversement du réel, de transgression – de peur aussi – avec qui j’avais envie de dialoguer pour trouver, en miroir, du matériel à partager. Mais ces deux figures ne sont pas, en soi, des thématiques sur lesquelles j’ai voulu travailler.

On parle de solo mais, en réalité, vous n’êtes pas seul sur scène. Vous êtes accompagné de toute une série d’objets, notamment…
C’est une façon de baliser l’espace, et de ne pas me retrouver dans le vide : j’avais besoin de m’entourer d’autres présences au plateau. C’est l’envie aussi d’intégrer un travail plastique, et de jouer avec des questions d’échelles avec mon corps et entre eux (…) Dans la construction des danses, je me suis également occupé à remplir l’espace vide autour de moi. En prenant des objets dont je dois m’occuper. En imaginant le plateau saturé d’une matière qui me fait bouger. Ou en imaginant une présence qui vient me visiter : ma mère qui était professeur de danse, des chorégraphes qui m’ont marqué (Mary Wigman, Pina Bausch, Yvonne Rainer)… Ceci, non pour me lancer dans la citation mais plutôt comme moyen de revisiter des traces de mémoire personnelle.

Comme pour la sorcière ou l’émeutier en somme : ce ne sont pas des thèmes en soi.
Oui, ce sont avant tout des leviers pour m’activer durant le processus de création. (…) Pour revenir à la sorcière, j’ai notamment cherché à voir comment certaines pratiques de sorcellerie pourraient être appliquées à une création de partitions : la divination, l’invocation des esprits, la possession, l’utilisation de plantes comme la jusquiame ou la mandragore, etc. À chaque fois, il ne s’agissait pas de « reproduire » la pratique, ni de la « jouer », mais d’y trouver des impulses. Pour les plantes par exemple, j’ai cherché des stratagèmes pour reproduire leurs effets physiques (accélération du rythme cardiaque et de la respiration, contractions de la mâchoire, tensions musculaires, etc.) sans pour autant en prendre, ni travailler leurs effets de façon illustrative. (…) Pour l’émeutier, je l’ai davantage convoqué comme un motif graphique. J’ai notamment récolté toute une série de photos de manifestations ou d’émeutes, repris certains gestes, en les simplifiant au maximum, et les ai ensuite additionnés pour écrire une partition qui, en soi, n’évoque pas l’émeute mais vient de là.

HooDie : vous pouvez commenter ce titre ?
Un hoodie, c’est un sweat-shirt à capuche. La capuche est un signe assez fort. Elle évoque directement l’émeutier, mais quelque part aussi la sorcière ou, en tout cas, clairement le Moyen-Age. Elle évoque également l’idée de se cacher, ou l’ablation d’identité. En même temps, c’est un vêtement simple, très quotidien, et d’aujourd’hui. Il y a sa sonorité également : le mot hoodie sonne très enfantin. C’est pour ces résonances multiples que je l’ai choisi comme titre.

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