SAVUSUN

Sorour Darabi

Le 21 juin 

Identité de genre et questions féministes intersectionnelles : deux notions interrogées par Sorour Darabi en affirmant le « il » ET le « elle ». Ceci notamment, en guise de réponse à la grammaire française qui l’oblige à articuler son discours dans un choix entre le féminin ou le masculin – à la différence de son farsi natal (Iran) qui ne connaît pas le genre.
Savusun est sa dernière pièce en date. Une recherche sur les cérémonies de deuil chiites en Iran a été un élément de départ de ce solo. Ceci dit, le poème intime qui nous est offert ici s’aventure dans une lente et sinueuse progression dont le récit n’a rien d’une démarche documentaire.
Sur un plateau noir velours, l’artiste glisse entre parole, chant, danse et action performative. Une volupté trouble se dégage de cet entrelacs dans lequel rôdent les griffes acérées d’une certaine tristesse, voire d’une sourde douleur. Avec une espièglerie noire, Sorour Darabi signe ici une puissante « ode à la vulnérabilité, à l’affection, aux êtres affecté·e·s », comme il·elle le nomme très justement. Un objet scénique résolument singulier, à la fois charnel et grinçant, à la poétique aussi précieuse/précise que politiquement engagée.

Gender identity and transectional feminism : two important notions for Sorour Darabi, whose most recent choreography is Savusun, a solo inspired by a close look at Shiite mourning ceremonies in Iran. We are given a deeply moving poem that expands in a slow, sinuous progression that is anything but documentary. The artist glides among spoken word, song, dance and performative action. Darkly mischievous, Sorour Darabi has created a powerful ode to vulnerability, to affection, and to affected beings. A singular performance that is both carnal and raucous, poetic and politically militant.

durée : 50 min.
Conception, chorégraphie, interprétation Sorour Darabi
Création lumière Yannick Fouassier, Jean-Marc Ségalen
Dramaturgie Pauline Le Boulba
Regard extérieur Céline Cartillier, Mathieu Bouvier
Technique son Clément Bernerd
Remerciements Pouya Ehsaei, Florian de Sépibus, Agnieszka Ryszkiewicz, Ali Moini, DD Dorvillier, Bryan Campbell, Hossein Fakhri, Kamnoush Khosrovani, Maria Rössler, Tirdad Hashemi
Administration Charlotte Giteau
Diffusion Sandrine Barrasso

Production déléguée Météores.
Coproduction Montpellier Danse 2018, résidence de création à l’Agora - cité internationale de la danse, avec le soutien de la Fondation BNP Paribas, CN D - Centre national de la danse, La Villette Résidences d’artistes, La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie avec le soutien de La Fée Nadou, Zürcher Theater Spektakel (CH), ICI–CCN Montpellier - Occitanie / direction Christian Rizzo, Sophiensaele (DE), Fonds Transfabrik – Fonds franco-allemand pour le spectacle vivant.
Avec le soutien de la Spedidam et du Ballet du Nord.


Rencontre avec Sorour Darabi, par Olivier Hespel

Quel était le point de départ de ce solo ?
Je ne pense pas pouvoir parler d’un point de départ. […] Il y a une forme de continuité avec mes précédentes pièces. Dans le sens où mon travail tourne autour de questions féministes intersectionnelles, et d’identité de genre. À des questions liées à la notion de transformation également – transformation dans tous les sens du terme, pas seulement dans le sens physique, mais aussi par le simple fait d’être sur scène dans un acte performatif… Et pour moi, toutes ces questions sont intimement liées au corps : ma manière de créer passe toujours par le corps, par les sensations, par le ressenti. […] Comment se réapproprie-t-on des choses ? Une autre question dans mon travail. Par exemple, dans notre rapport à l’Histoire. Comment se réapproprier son propre corps aussi ? Car ce n’est pas parce que c’est ton corps, qu’il t’appartient. […] J’ajouterais encore que, si jusqu’à présent je suis plutôt en train de créer des solos qui partent de choses intimes, cela ne veut pas dire pour autant que c’est de moi qu’il s’agit sur scène. Cette manière de faire est plutôt liée à une question de légitimité : partir de mon point de vue, de mon histoire (réelle, ou fictive d’ailleurs) pour partager une série de questions plus larges. […] Pour revenir à votre question sur un éventuel point de départ, je répondrais que j’ai – pour ce solo – notamment réfléchi aux différentes natures de cérémonies de deuil chiites pratiquées en Iran, parmi lesquelles le Tazi’eh, qui est la forme islamisée d’une cérémonie beaucoup plus ancienne : Savusun, qui reconduisait le deuil de Siavash, prince perse dont on ne sait s’il a réellement existé ou s’il est légendaire.

D’un point de vue chorégraphique, ce solo est marqué par une danse en particulier, lente, sensuelle, dominée par des mouvements de bassin et du thorax qui semblent évoquer les principes de base de ce qu’on appelle la danse du ventre… Comment s’est écrite cette danse ?
C’est un tout mélangé – je ne sais pas me cantonner à une seule chose, je rassemble toujours toute sorte d’éléments pour écrire. Et effectivement, on peut y voir des racines de la danse du ventre, ou de la « danse orientale » comme on la nomme en Occident. […] Au départ, j’ai cherché à m’inspirer des gestes pratiqués durant les cérémonies de deuil en Iran, sachant qu’il n’y a pas de techniques particulières à suivre, qu’il y a une grande diversité de personnes qui y participent et que, d’une région à l’autre, les pratiques sont très différentes. Sachant aussi que l’idée de chercher à les copier ne m’intéressait pas non plus. […] J’ajouterais que ce qui m’intéressait dans l’écriture de ce projet, c’était de travailler sur le paradoxe que renferme tout ce que j’ai pu voir, où coexistent la notion de célébration et celle de deuil, une certaine joie ou sensualité et une noirceur, une tristesse.

  • vendredi 21 juin à 23h00
  • Salle de l’ancien évêché
  • place de l’évêché, 30700 Uzès
    à gauche du Tribunal d’instance
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