LEX

Sylvain Huc

Le 14 juin 

Un jeu de perches de lumières emmure et plafonne le plateau. Surmontées d’un lourd drapé noir, deux hautes marches s’imposent au fond de cet espace délimité, presque écrasant. Telle est la forte personnalité du terrain de jeu que Sylvain Huc a choisi d’investir dans ce solo intitulé LEX – « loi » en latin.
Loin de toute volonté de discours sur cette question « légale », c’est notre rapport intime à la loi que le chorégraphe interroge ici, à travers son propre corps. Une interrogation qui joue radicalement avec les limites physiques et les contrastes. Une lente progression, voire aspiration, traverse cette écriture du corps à la fois précise et abrupte, poétique et concrète.
Quelque chose d’implacable, d’irrémédiable, habite l’espace et pénètre petit à petit ce corps sculpté, athlétique, qui à la fois jouit et subit, résiste, s’adonne ou s’abandonne, avec une insistance en crescendo. Le tout enlacé par une « gangue sonore », pour reprendre l’expression de l’artiste, tout aussi pugnace, jusqu’à l’oppression, puis – lentement – jusqu’au silence… libérateur.

The stage itself has a strong personality, strictly defined by lighting and black curtain for this solo, “law” in Latin where the choreographer questions and plays with physical limits and contrasts. Physical expression is both precise and abrupt, poetic and tangible. An implacable presence inhabits the space and gradually imbues the dancer. Surrounded by sound, he moves towards oppression, then – slowly – silence… which entails freedom.

durée : 55 min.
Conception, chorégraphie, interprétation Sylvain Huc
Assistant, photographe, vidéaste Loran Chourrau
Assistante Mathilde Olivares
Dramaturgie Thomas Pondevie
Regard extérieur Jan Martens
Création lumières Pascale Bongiovanni
Musique, régie son Fabrice Planquette
Création costumes, scénographie Rachel Garcia
Production, diffusion Emeline Villard

Production Cie Divergences.
Coproduction Le Gymnase | CDCN Roubaix, 2 Angles - Relais culturel régional de Flers. LEX est soutenu dans le cadre d’une résidence croisée menée en partenariat avec ICI–CCN Montpellier - Occitanie / Pyrénées-Méditerranée / Direction Christian Rizzo, La Place de la Danse - CDCN Toulouse/Occitanie et La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie, le Centre Français de Berlin et le Bureau du Théâtre et de la danse / Institut français d’Allemagne.
Avec le soutien du ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie, de O espaço do tempo (PT), de Circuit-Est, centre chorégraphique (CA) et de La Briqueterie – CDCN du Val-de-Marne.
La Cie Divergences est conventionnée par le ministère de la Culture / Drac Occitanie et par la région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée et soutenue par le département du Lot et la communauté de communes Cazals-Salviac.

RENCONTRE AVEC SYLVAIN HUC, PAR OLIVIER HESPEL

LEX , loi en latin. Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette notion de loi pour l’aborder sous forme d’un solo ?
Au départ de ce projet (vers 2016), je sentais qu’il fallait que je remette à plat ma manière d’envisager le plateau et de questionner le corps. Dans cette réflexion, je me suis rendu compte que, depuis mes débuts en danse, j’ai toujours aimé travailler avec des règles : les suivre à la lettre, les enfreindre, les tordre, les transformer. À mon sens, cette façon de travailler vient questionner un rapport à la loi ou, plus exactement, un rapport intime à la loi. Car elle peut paraître très abstraite, administrative, désincarnée, mais à bien y regarder, la loi touche à quelque chose du corps et de l’intime qui me fascine : la façon dont on l’incorpore, la propension que l’on peut avoir à s’auto-imposer des choses, cette auto-asservissement et le plaisir – jusqu’à la douleur – que l’on peut prendre à cela… Il y a également toute une terminologie autour de la loi que je trouve intéressante par la dimension sexuelle qu’elle renferme. On dit par exemple violer la loi – comme s’il y avait une virginité de la loi. On parle de jouir de droits. Et de fait, la loi est ce qui vient border/cadrer la jouissance. […] Le corps me paraissait le meilleur moyen d’aller interroger tous ces aspects-là ; et le format solo également. Mais d’emblée, l’enjeu n’était pas d’aborder la loi comme une thématique, avec un message, un propos, à porter en particulier. Je suis chorégraphe : j’ai pris ces questions autour de la loi pour, avant tout, aller interroger le corps.

Comment avez-vous développé ce solo ?
Pour ce projet, j’ai voulu aller au bout de ma démarche physique. Dans la manière de faire (au tout début du processus), après un échauffement, je faisais quatre heures non-stop d’improvisation. À peine je m’arrêtais pour boire. C’était une méthode à la fois très éprouvante et libératrice : j’ai éprouvé au maximum mes capacités physiques, et en allant chercher la limite, j’ai pu explorer non seulement des états, mais aussi des formes, ce que je n’avais jamais vraiment touché auparavant. J’ai toujours travaillé de manière physique : pousser le corps dans ses retranchements pour dévoiler son opacité, sa fragilité, ses failles. Mais jusqu’à présent, j’ai toujours montré presque une résistance à travailler sur des questions formelles. Ce solo m’a offert cette ouverture, m’a permis de réaliser que ces questions m’intéressaient énormément en réalité. Ce solo a été un véritable laboratoire formel pour moi. Il inaugure, je pense, un nouvel espace, de nouvelles bases à mon travail qui était jusque-là peut-être un peu trop « bloqué » dans une sorte de théâtre-danse.

On pourrait parler ici d’un solo « accompagné », dans le sens où l’espace (la scénographie) a une présence très forte, qui délimite, qui écrase presque aussi.
J’avais envie que l’espace puisse figurer le caractère monumental de la loi, des bâtiments qui incarnent la loi… Toute une imagerie suggérée par ses marches en fond de scène, surmontées de ce lourd drapé noir. […] En bord et au-dessus du plateau, des structures de lumières viennent concrètement me cerner, me ceinturer, m’écraser parfois, ou au contraire m’élever… Ce rapport à la loi dont je parlais tout à l’heure, cette scénographie en donne le cadre : impossible d’y échapper. Mais comment trouver ses espaces, ses interstices de possibles là-dedans ?

  • vendredi 14 juin à 19h30
  • Salle de l’ancien évêché
  • place de l’évêché, 30700 Uzès
    (à gauche du Tribunal d’instance)
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