La Nuit Nos Autres

Aina Alegre

Le 21 juin 

Après Le Jour de la Bête (présenté l’an dernier) et sa célébration de l’énergie du groupe et du rassemblement, Aina Alegre nous invite à nouveau à célébrer l’humain. Mais cette fois, c’est l’intime qu’il est question de fêter. Et l’invention de soi, ou plus exactement des « sois ».
Au sol, un rectangle doré sur fond noir. Une sorte de gros rocher en bordure. Non loin de là, comme les branches tombantes d’un arbre… Çà et là aussi, quelques taches ou petit tas de pigments différents… Sur ce plateau aux accents de nature ou d’Éden artificiel, trois corps presque similaires entament un parcours léger, déambulation étrange et mimétique.
Telles sont les premières images de ce trio dont le parcours prend petit à petit la forme d’un voyage aux tonalités plus nocturnes, aux gestuelles plus individuelles aussi, tout en hybridation et en métamorphoses successives.
Lumière, son, danse : chaque langage trace ici sa partition, sa variation, de façon à la fois autonome et interconnectée, entre cohabitation et conjonction. La question de la fluidité de nos identités transpire de ce surprenant et onirique rituel, où il n’est pas tant question de libération que de salutaires écoute et expression de nos devenirs possibles.

After last year’s celebration of group energy and gathering, Aina Alegre takes us along in a celebration of the invention of self, or rather, selves. A trio of dancers on a stage evocative of an artificial Eden. A journey with nocturnal undertones, hybridizing individual movement in successive metamorphoses. Light, sound and dance each have their own language and score, autonomous yet inter-connected, in this surprising, dreamlike ritual where our potentials are explored.

durée : 1h
Conception Aina Alegre
Interprétation Isabelle Catalan, Cosima Grand, Gwendal Raymond
Création son Romain Mercier
Création lumières Pascal Chassan
Scénographie James Brandily
Régie générale Guillaume Olmeta
Conseil artistique, dramaturgie Quim Bigas
Remerciements Pierre Guilhem Coste, Lucas Frankias, Loula Musquet
Assistant des projets de Studio Fictif Aniol Busquets
Production, diffusion Claire Nollez

Pièce soutenue par le réseau des CDCN.

Production Studio fictif.
Coproduction Atelier de Paris/CDCN, La Place de la Danse - CDCN Toulouse/Occitanie, La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie, L’Échangeur - CDCN Hauts-de-France, Ballet de Lorraine CCN, ICI–CCN Montpellier - Occitanie / direction Christian Rizzo (résidences de recherche et de création), CCN de Rillieux-la-Pape - direction Yuval Pick (Accueil-Studio), Sala Hiroshima (ES), Dansa, Quinzena Metropolitana 2019 - Institut de Cultura, Ajuntament de Barcelona (ES), ACDCN (association des CDCN : Art Danse - CDCN Dijon Bourgogne, La Briqueterie - CDCN du Val-de-Marne, L’Echangeur CDCN Hauts de France, Le Gymnase | CDCN Roubaix Hauts de France, Les Hivernales CDCN d’Avignon, La Manufacture - CDCN Bordeaux Nouvelle Aquitaine, Le Pacifique - CDCN Grenoble Auvergne Rhône-Alpes, CDCN Atelier de Paris, Pôle Sud - CDCN Strasbourg, La Place de la danse - CDCN Toulouse/Occitanie, La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie, Touka Danse CDCN Guyane).
Avec le soutien d’Arcadi Île-de-France. Studio Fictif est soutenue par la Drac Île-de-France au titre de l’aide au projet chorégraphique.
Remerciements au CN D à Lyon.


Rencontre avec Aina Alegre, par Olivier Hespel

L’an dernier, vous présentiez Le Jour de la Bête, une pièce autour de la célébration du groupe. La Nuit, nos autres nous invite cette fois à la célébration de soi. C’est en tout cas le point de départ de ce trio.
Après La Jour de la Bête, j’avais envie d’aller chercher des rituels de célébration plus intimes, à la fois sur soi et vers soi. Avec l’idée d’un voyage « nocturne », dans le sens où il permettrait à chacun de faire sortir tous ses autres sois – ses autres présences ou identités qui habitent le corps de tout un chacun. Et c’est dans ce sens que je parle ici d’une célébration de soi. […] Durant le processus, nous avons travaillé à ce que chacun explore son propre parcours, tout en évoluant dans un contexte partagé. Les notions d’inter-autonomie et d’hybridation ont ainsi été importantes dans la construction de la pièce : comment ils se nourrissent les uns les autres, comment ils interagissent entre eux et avec leur environnement, leur écosystème, pour pouvoir entrer chacun dans leur propre expérience, découvrir d’autres états de présence et déconstruire cette idée unitaire de l’identité. Même si cette question d’identité n’a jamais été abordée de manière littérale ou personnelle : c’est d’un point de vue formel – esthétique et chorégraphique – que nous avons creusé cette notion.

Vous parlez de contexte commun, d’environnement, d’écosystème : le décor a en effet ici une personnalité forte. Il évoque une espèce de nature à la fois sublimée et factice. Presqu’un Éden… artificiel.
Avec le scénographe, James Brandily, nous avons cherché à imaginer un lieu où pourrait se dessiner la fiction que j’envisageais : un lieu où les corps pourraient s’inventer. Par rapport à ce lieu, nous avons tout d’abord beaucoup parlé de la nuit, non pas pour la montrer, mais dans ce qu’elle évoque métaphoriquement : un espace-temps qui se dilate, un rapport à la perception de soi et du monde qui change. Nous avons aussi parlé de la forêt, dans le sens où, au crépuscule, c’est un lieu par excellence lié aux rituels et à la transformation. Au final, nous avons trouvé intéressant d’imaginer un espace mental, onirique, qui pourrait se projeter dans une idée de nature. C’est comme cela que nous avons basculé sur l’idée de nature artificielle, de diorama même je dirais. Un espacé « rêvé », qui évoque la nature, la réalité, mais n’en fait pas partie.

Pour cette célébration de·s soi·s, vous avez choisi trois corps très similaires au final : leur physionomie, leur costume, leur gestuelle même – au départ en tout cas.
C’est vrai qu’il y a une sorte de gémellité entre eux. C’est vrai aussi qu’au départ ils partagent une même matière chorégraphique. Cela m’a paru intéressant de partir de ces « points » communs pour développer des enjeux d’altérité·s. Intéressant également, car c’est dans ce début commun qu’à mon sens, on voit le plus chacun des interprètes, dans leurs différences. C’était aussi un passage nécessaire, pour eux, pour accéder ensuite à une certaine autonomie.

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