Fauteuils

Laurent Goldring

Le 15 juin 

création

À la question «  quel corps mettre en scène  ?  », le plasticien Laurent Goldring préfère se demander  : comment générer une scène à partir d’un corps  ? Une recherche qu’il explore ici à travers une proposition à la charnière entre une exposition et un spectacle, dont le point de départ a été des tableaux de Picasso, Matisse ou Cézanne, qui tous représentent un personnage assis dans un fauteuil.
À partir d’une reproduction de ces peintures, l’artiste a d’abord «  exfiltré  » le corps, et ainsi «  reconstitué  » le fauteuil. Il a ensuite présenté cette image (dont le modèle a disparu) à des performeur·euse·s et créé, à partir de cette rencontre, un objet qui est à la fois une sculpture et un espace performatif. Trois de ces tandems sculpture-performeur·euse se retrouvent sur la scène du jardin de l’évêché.
Fauteuils s’annonce ainsi comme une expérience radicalement hors cadre, à vivre à même la scène, comme un visiteur dans un musée qui passe d’une salle à une autre – ou depuis les gradins, pour une pièce multi-focale.

Visual artist Laurent Goldring creates digital reproductions of paintings by Picasso, Matisse and Cézanne all of which depict a person sitting in an armchair. The artist exfiltrates the body, reconstitutes the chair and presents this image to a performer. The encounter gives rise to both sculpture and performance… This all comes together on stage at the jardin de l’évêché, with four painting-performer tandems. Fauteuils (Armchairs) is a radically unframed experience on the stage, like visiting one room of a museum after another, a multi-focal piece for mobile paintings.

durée : 45 minutes
Conception Laurent Goldring
Performances Marion Carriau, Nina Harper, Éloïse Valli, Nir Vidan
Sculptures Laurent Goldring, avec l’aide de Marina Roelly
Direction artistique Anne Marie Coste

Production goldring productions.
Coproduction La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie, Drac Île-de-France, Pôle Sud - CDCN Strasbourg.
Avec le soutien de La Briqueterie - CDCN du Val-de-Marne, Art Danse - CDCN Dijon Bourgogne, Atelier de Paris/CDCN, Centre Pompidou, CCN Ballet de l’Opéra national du Rhin - dans le cadre du dispositif Accueil Studio 2019.


Rencontre avec Laurent Goldring, par Olivier Hespel

Une partie de votre travail tourne actuellement autour d’une question  : comment générer une scène à partir d’un corps  ? Quelle réflexion vous a guidé dans cette direction  ?
Quand j’ai commencé à filmer le corps [NDLR : des plans serrés sur un corps nu] mon principe était de faire confiance à un regard qui circule, qui n’a rien à attendre, qui doit se nourrir de lui-même – comme on le ferait avec une image fixe. Cette idée m’a fait prendre le contrepied du cinéma où l’image s’organise toujours selon un point unique. J’ai donc commencé à construire des images avec plusieurs points de regard possibles et plusieurs rythmes, ce qui m’a fait considérer le corps que je filmais non pas comme un corps sur une scène, mais comme une scène en soi.
Plus tard, je me suis demandé comment élargir cette expérience, comment ce corps pourrait générer un autre espace que lui-même.
Or l’organisation et la hiérarchie du plateau étaient contradictoires avec ce que je cherchais. Ma question a dès lors été  : comment faire surgir ces espaces des corps et des mouvements eux-mêmes. J’ai fait plusieurs pièces en utilisant des matériaux différents à chaque fois  : avec Isabelle Schad, j’ai travaillé à partir du tissu (Der Bau)  ; avec Saskia Hölbling, à partir de matériaux de construction  ; avec Benoît Lachambre et Louise Lecavalier, à partir de la lumière et du dessin. Il y a eu aussi des sculptures à partir de fils tissés autour d’un corps (Cesser d’être Un)… Avec Fauteuils, l’expérience se poursuit avec l’espace de la scène…
Voilà la genèse  : le corps comme scène. Et ce qui synthétise peut-être le mieux pour moi ce processus, c’est le concept de terrier  : la trace laissée par un corps dans le monde qui l’entoure et qui lui sert de monde.

Comment vous est venue l’idée de travailler à partir de peintures, et plus précisément de personnages représentés dans un fauteuil  ?
La peinture a toujours été pour moi une source d’inspiration. J’ai découvert que les fauteuils accompagnent d’une façon étrange les bouleversements de la perspective. Ils font le lien entre l’espace général du tableau et l’espace du corps. L’incroyable prolifération de personnages assis dans un fauteuil – à partir de Manet – correspond donc à une fonction bien précise. J’ai été sidéré par la richesse des propositions que cette représentation a engendré et elle a été directement à l’origine de cette pièce.

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