444 Sunset Lane

ÉMILIE Labédan

Le 22 juin 

444 Sunset Lane ? On imagine volontiers une banlieue chic américaine. En Californie ou en Floride. Une villa un peu surannée, sans doute non loin de la mer… Ceci dit, les parfums que ce titre peut évoquer ne sont qu’un des multiples voyages auxquels Émilie Labédan nous invite, avec une inspiration tournée vers le cinéma.
Dessiné comme un long travelling aux humeurs changeantes, ce quatuor progresse avec une lente précision pour mieux laisser notre regard, notre respiration, suivre ces corps dans les oscillations successives de tableaux et d’atmosphères qu’ils incarnent ou qui les immergent.
Sur la douceur d’une moquette mauve nacré, Émilie Labédan et ses trois compagnons de route glissent d’un geste à l’autre, d’une image à l’autre. Entre situations concrètes et espaces plus oniriques, les plans qu’ils esquissent jouent avec des questions de traces et de mémoire. Un montage étonnamment soutenu par la bande son : partant du silence, elle dérive ensuite dans une nuit chaude en bord de marais, en plein milieu de l’Atlantique sur un cargo, en fond de cale d’une caravelle, et dans bien d’autres climats encore… La traversée est résolument plurielle, à la fois intrigante et délicatement envoûtante.

This quartet comes across like a long travelling shot with changes in mood and movement, progressing with slow precision, enabling our gaze to follow the dancers in a series of tableaux and atmospheres. Inspired by cinema, Émilie Labédan and her three companions on this road trip take us from image to image, creating both tangible situations and dreamlike spaces. Their creation works amazingly with the sound, going from silence to a hot night in the marshlands, the middle of the Atlantic and the belly of a caravel… A spellbinding, resolutely plurial crossing.

durée : 1h
Conception, chorégraphie, scénographie Émilie Labédan
Interprétation Clarisse Chanel, Émilie Labédan, Konstantinos Rizos Lamaris, Charlène Sorin
Regard extérieur Vincent Dupont
Musique Aamourocean
Lumières Artur Canillas
Costumes Vava Dudu
Régie plateau Cyril Turpin
Administration Alice Normand
Diffusion Lynda Miguel
Participation à la création Ananda Montange

Production La Canine.
Coproduction La Place de la Danse - CDCN Toulouse / Occitanie, ICI–CCN de Montpellier - Occitanie / Direction Christian Rizzo, La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie, La Plateforme - Cie Samuel Mathieu, dans le cadre du dispositif de résidences croisées.
Avec le soutien de la ville de Roques (accueil en résidence au centre culturel Le Moulin), la Spedidam, Le Ring - Toulouse. Avec l’aide de la Drac Occitanie, la région Occitanie Pyrénées-Méditerranée, la ville de Toulouse, le département de Haute-Garonne.


Rencontre avec Émilie Labédan, par Olivier Hespel

Vous décrivez votre univers scénique comme étant d’inspiration cinématographique. En quoi le cinéma inspire votre écriture, et ce projet en particulier ?
Je devrais plutôt dire que c’est ma perception du cinéma qui inspire mon écriture plateau. La perception de ce que j’ai vécu dans les quelques expériences de tournage que j’ai eues pour des courts métrages. La perception que j’ai aussi quand je regarde un film. Et en particulier cette sensation de « glisse » que procure le travelling et le zoom… Comment travailler cette sensation en arts vivants ? Comment la faire exister au plateau ? Comment embarquer le public dans cette sensation-là ? Ne plus être dans l’intellect, mais dans des sensations ? Comment titiller la perception du public également ? L’inviter à aller, lui aussi, zoomer/dé-zoomer sur cette chose qui avance de manière horizontale et qui en permanence crée des tableaux ? […] Plus directement ou concrètement d’inspiration cinématographique – même si je ne travaille pas du tout avec l’idée de faire des citations ou des références explicites, mais plutôt avec l’idée de traces, de tonalités plus ou moins lointaines – je me suis notamment intéressée à la vague italienne des giallo, ces films des années 1970, entre thriller et horreur. Les lumières et la musique d’une partie de la pièce sont directement liées à ce courant. Les ambiances des films de David Lynch m’inspirent également. Plus anecdotique, ou moins perceptible, est le rapport avec The Party, ce film de Blake Edwards, de la fin des années 1960, avec Peter Sellers : la moquette sur scène, les objets en cristal, l’envie de terminer sur quelque chose d’assez joyeux et de libérateur viennent de là…

444 Sunset Lane. Pourquoi ce titre ?
Chaque pièce est pour moi un objet abstrait, une espèce de réceptacle à impressions, dans lequel je mélange toujours plein de choses très différentes. Ce titre en est un exemple. Je voulais tout d’abord qu’il évoque une adresse. Que l’on s’imagine un lieu précis, une maison. Je voulais qu’il évoque aussi quelque chose d’un peu kitsch, d’ancien, et d’américain. Le chiffre quatre, répété trois fois, parce que nous sommes quatre sur scène, et qu’il y en a toujours un ou une qui est à part. Le quatre aussi pour l’idée des fondations d’une maison : les quatre piliers ; quelque chose de solide, de concret… Ce titre m’évoque également une vieille série américaine. Il y a un couché de soleil dedans aussi : pour le côté nostalgique, mélancolique, pour les images, les lumières qu’on peut s’imaginer en pensant à ce mot. Et puis, il y a « Lane », le chemin, l’allée : pour une idée de passage… à autre chose. Comme l’idée d’une maison que l’on quitte par exemple… Je me suis racontée toutes ces choses-là avec ce titre… et en écrivant la pièce.

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