Treasured in the dark

Thiago Granato

Le 14 juin 

Après Trança, présenté en ouverture du festival, revoici Thiago Granato avec un autre solo de sa trilogie Choreoversations. Cette fois, ce ne sont plus des chorégraphes actuels qu’il invite à « converser à travers son corps » mais deux artistes décédés. Deux personnalités des années 1960-1970, au profil radicalement différent : l’Américain Lennie Dale, émigré au Brésil, où il maria son esprit Broadway au rythme de la Bossa Nova, et le chorégraphe japonais Tatsumi Hijikata, fondateur de l’emblématique butô.
Loin de vouloir jongler avec des références propres à ces deux figures, Thiago Granato a davantage ici cherché leur force commune. Au final, il nous plonge dans un noir épais, pour mieux nous emporter dans un voyage onirique, tout en transformations successives. Un parfum de rituel emplit ce jeu d’oscillations aussi physiques que musicales. Une impression renforcée par l’utilisation d’objets ou accessoires que leur couleur noire enveloppe d’une charge presque magique. Tels des outils d’invocation des deux chorégraphes qui ont servi de points d’appui à cette magnétique partition.

After Trança, Thiago Granato presents another solo from his Choreoversations trilogy. This time, he invites two deceased artists from the 1960-70s to “use his body to converse” : the American Lennie Dale, who emigrated to Brazil, fusing his Broadway spirit to Bossa Nova rhythms, and the Japanese choreographer Tatsumi Hijikata, the founder of the emblematic Butoh genre. Rather than juggle with specific references to these figures, Thiago Granato seeks out their common strength. The dense black of stage and the performer carry us away in a dream-like voyage of almost ritualistic oscillation, where black objects and accessories seem to invoke these two choreographers.

Durée : 50 minutes
Conception, direction, chorégraphie, performance Thiago Granato
Chorégraphes invités (interlocuteurs fictionnels) Hijikata Tatsumi (Japon / 1938-1986),
Lennie Dale (US-Brésil / 1934-1994)
Assistant à la direction Sandro Amaral
Conception sonore Gerald Kurdian
Conception lumières Jan Fedinger
Technicien lumières Jonathan Winbo
Conseillers artistiques Carolina Mendonça, Lou Forster
Conseillère costume Marion Montel
Objets Thiago Granato, Sandro Amaral

Production Sandro Amaral, Thiago Granato
Co-production CND - un centre d’art pour la danse, Cullbergbaletten Sweden, dans le cadre du Programme Culture de l’Union européenne 2013-2018 Life Long Burning
Résidences artistiques Akademie Schloss Solitude, WASP - Working Art Space & Production, BUDA Arts Centre, Centre International des Récollets
Avec le soutien de JES - Junges Ensemble Stuttgart, CCN de Montpellier, Les Laboratoires d’Aubervilliers, Fórum Internacional de Dança - FID, 4Culture

En coréalisation avec le THÉÂTRE DE NÎMES.
Artiste accompagné dans le cadre du programme franco-allemand ÉTAPE-DANSE, réseau composé par la fabrik Potsdam, l’institut français Deustchland / Bureau du Théâtre et de la Danse, La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie et le théâtre de Nîmes. Avec le soutien du Ministère de la Culture - DGCA et de la ville de Potsdam.

Rencontre avec Thiago Granato

Pour Treasured in the Dark, vous avez choisi de faire dialoguer à travers votre corps (pour reprendre vos mots) deux chorégraphes aujourd’hui décédés : Lennie Dale et Tatsumi Hijikata. Quel mariage !
Lennie Dale est un chorégraphe nord-américain de Broadway, parti s’installer au Brésil dans les années 1960, un peu avant la dictature. Il y a notamment cofondé les Dzy Croquettes, un groupe de 13 artistes qui développait un style cabaret très politique et queer, avec des numéros au format très court, jouant avec les croisements de genres, une esthétique du précaire, et des tonalités très sexuelles ou provocatrices… Quant à Hijikata, il est surtout connu pour être le fondateur du butô, mais il a aussi beaucoup travaillé dans le milieu de la nuit. On peut même dire qu’il a vécu dans les night clubs, où il a notamment gagné sa vie en chorégraphiant des sex parties, des orgies... D’un autre côté, il a commencé avec des performances solo où il était beaucoup question d’homosexualité et de croisements de genres, comme Lennie Dale. (…) Tous deux ont vécu à la même époque, en pleine guerre froide. Et chacun dans un contexte socio-politique conservateur et oppressif relativement similaire. Un contexte contre lequel ils ont lutté, chacun dans un mode d’expression propre. Mais, à mon sens, c’est le même type de force qui les animait, et ils utilisaient tous deux la métamorphose du corps comme un acte politique. Quelque part, ils auraient pu – ou auraient dû – se rencontrer. D’où l’envie de ce « mariage » comme vous dites. (…) Mais la pièce n’est pas sur eux. Je n’ai pas cherché à utiliser les références que l’on connaît à leur propos et encore moins les traces que l’on a de leur travail : l’enjeu ici était de travailler avec eux, d’imaginer ce qu’ils auraient fait avec moi s’ils avaient été encore vivants.

Concrètement, comment êtes-vous parvenus à travailler avec des morts ?
En studio, j’étais seul : ils sont morts en effet, ils étaient absents. Il a donc fallu que je développe des stratégies pour les sentir avec moi, pour sentir leur présence, leur énergie et, à partir de cela, pouvoir imaginer ce qu’ils auraient fait avec moi. J’ai donc notamment rencontré des gens qui les ont connus pour en savoir plus à leur sujet. (…) La question de la présence est ainsi devenue très importante pour moi. Je me suis alors interrogé sur les différents types de présence avec lesquels on travaille en danse. Et je me suis dit que ces différentes qualités de présence pourraient être un fil rouge intéressant à suivre pour construire la pièce. D’autant que la question de la métamorphose du corps est très présente tant chez Dale que chez Hijikata. L’idée de la pièce s’est ainsi précisée : un travail sur des métamorphoses du corps, avec des changements radicaux dans les différentes images proposées, sans avoir peur de faire des transitions parfois abruptes même – cette façon de construire sans souci de continuum faisant partie de leur langage respectif. Je ne dis pas pour autant que l’on passe d’une couleur à une autre sans qu’il y ait de rapports entre elles, mais plutôt que je ne donne pas à voir le processus de transformation d’une présence à l’autre. (…) Musique et lumières participent à cette idée de transitions assez abruptes. Par contre, je n’ai pas travaillé directement avec certains codes avec lesquels ils jouaient volontiers, comme le maquillage ou les costumes.

  • jeudi 14 juin à 19h30
  • Salle de l’ancien évêché
  • Accès par la place de l’évêché
    (à gauche du Tribunal d’instance).
    Parkings à proximité.
    Boissons rafraîchissantes à la buvette.
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