Trança

Thiago Granato

Le 13 juin 

Un homme assis à même le sol, les yeux fermés. Une musique entremêlant notes percussives et nappes électroniques baigne l’espace. Elle semble filer comme une course sans fin, à contre sens de ce corps qu’elle immerge. Soudain, dans cette chair imperturbable, des doigts se mettent à vibrer. L’amorce d’une lente et hypnotique ouverture de ce corps. À moins qu’il ne s’agisse d’une possession…
Tel est le fil tendu par Thiago Granato dans ce deuxième solo d’une trilogie intitulée Choreoversations, dont chaque volet s’appuie sur une collaboration imaginaire avec un tandem d’artistes, tantôt décédés, tantôt vivants, tantôt « futurs ».
Avec Trança (‘tresse’ en portugais), l’artiste berlinois d’origine brésilienne développe une chorégraphie des mains, pour reprendre son expression : maillage très organique, imprégné de ses rencontres avec les chorégraphes Cristian Duarte et João Saldanha. En rien un hommage ni une combinaison de citations, mais une fusion autour d’un point unique : ce corps mis au plateau, plongé dans un étrange continuum qui l’aspire, et qu’en même temps il parait maîtriser. Une tension qui prendra un éclairage nouveau à Uzès, puisqu’elle se jouera en plein air, avec en toile de fond les verts ondoyants de la vallée de l’Eure.

Trança (Portuguese for “braid”) is the second solo in the Choreoversations trilogy created by Berlin-based Brazilian choreographer/performer, Thiago Granato. A man is seated on the floor, eyes closed, seemingly unmoved as he is gradually immerged in endless waves of electronic music with percussive notes. Suddenly, fingers start to vibrate in a slow, hypnotic opening up of the body. Or is he possessed ? A choreography of hands (an organic “meshing” that is perfused by Thiago Granato’s encounters with choreographers Cristian Duarte and João Saldanha) develops and fuses around the body, which seems to be drawn in by this strange continuum and yet also to control it. In Uzès, the tension takes on a new light in the open air, against the flowing emerald backdrop of the Eure Valley.

Durée : 50 minutes
Conception, direction, chorégraphie, performance Thiago Granato
Chorégraphes invités (interlocuteurs) Cristian Duarte, João Saldanha
Assistant à la direction Sandro Amaral
Morceau original, conception sonore Márcio Vermelho
Conception lumière (version originale) André Boll
Adaptation lumière et technicien Jonathan Winbo
Conseillère costume Paula Ströher

Production Sandro Amaral, Thiago Granato
Ce projet a reçu le prix Funarte de Dança Klauss Vianna 2014 par la Fondation nationale des Arts du Brésil.

En coréalisation avec le THÉÂTRE DE NÎMES.
Artiste accompagné dans le cadre du programme franco-allemand ÉTAPE-DANSE, réseau composé par la fabrik Potsdam, l’institut français Deustchland / Bureau du Théâtre et de la Danse, La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie et le théâtre de Nîmes. Avec le soutien du Ministère de la Culture - DGCA et de la ville de Potsdam.

Rencontre avec Thiago Granato

Trança fait partie d’une trilogie que vous avez intitulée Choreoversations. D’où vous vient cette idée de « conversations chorégraphiques » ?
Ce projet a démarré en 2013, suite à une résidence de recherche à l’Akademie Schloss Solitude (Stuttgart). Durant cette résidence, j’ai beaucoup discuté avec les autres chercheurs présents. Ce qui m’a surtout intéressé, c’est la manière dont chacun parlait de sa recherche. J’ai ainsi commencé à lire toute une série d’ouvrages dans lesquels des auteurs commentent leur démarche, et j’ai été particulièrement inspiré par des éditions basées sur une interview entre artistes, où un dialogue devient d’une certaine façon une œuvre. De là m’est venue l’idée de me mettre à la place d’un livre : devenir la retranscription d’un dialogue entre deux artistes. J’ai ensuite fait une liste de chorégraphes avec qui j’aimerais travailler. J’ai pris contact avec eux, mais cela n’a pas fonctionné : je n’avais aucun moyen, la plupart ne me connaissait pas du tout et je proposais des rencontres entre des personnalités très différentes… Après un moment de frustration, je me suis dis que je n’avais pas nécessairement besoin de leur présence, mais que je pouvais utiliser les informations que j’ai sur eux pour imaginer leur travail avec moi. Cette idée a ouvert les perspectives du projet : je pouvais non seulement envisager un dialogue entre des chorégraphes vivants, mais aussi entre des personnes décédées, et même qui ne sont pas encore nées. D’où l’envie de développer une trilogie.

Au final, vous n’êtes pas la « simple » interface d’un dialogue, vous en êtes clairement l’auteur. Pourquoi ce « subterfuge » ?
Ce n’est pas un subterfuge mais plutôt une stratégie pour parvenir à développer malgré tout le projet. D’autre part, lors de cette résidence de recherche à Stuttgart, j’avais alors avant tout un parcours d’interprète et l’idée de « devenir » chorégraphe me posait question. Je n’étais pas certain d’en avoir envie : je n’aime pas vraiment la culture qui entoure les chorégraphes, comment les médias et les institutions les « glorifient », comment la paternité d’une pièce est intimement liée à « son » chorégraphe… Je ne voulais pas entrer dans cette logique mais, en même temps, je désirais développer mon propre travail. Avec les Choreoversations, je me suis donné les moyens, en tant qu’interprète, de développer une démarche personnelle, sans pour autant devoir m’instituer clairement chorégraphe.

Pour Trança, vous avez travaillé à travers deux chorégraphes brésiliens, vivants : Cristian Duarte et João Saldanha. Comment s’est construite cette Choreoversation ?
Ils ne se sont pas vus durant le processus. J’ai commencé par en rencontrer un. Pendant deux semaines, j’ai passé du temps avec lui, à discuter, à tenter des choses au plateau aussi, non pour créer du matériel mais pour en savoir plus sur ce qu’il aimait, sur ce qui le questionnait. Après quoi, j’ai fait une liste d’éléments qui nous réunissaient. Une liste assez générique : la question de la peau, certains types de mouvement, les films de Béla Tarr... Avec cette liste, je suis allé voir le second chorégraphe, en suivant le même procédé. De retour à Berlin, me restait à savoir ce que j’allais faire de ces deux expériences, car je ne voulais pas me contenter de les mélanger. J’avais noté leur intérêt commun pour le fascia (NDLR : fine membrane qui enveloppe la majorité des structures du corps – muscles, nerfs, os, vaisseaux sanguins – qui à la fois les sépare et les connecte les unes aux autres). A ce sujet, tous deux aiment une technique qui consiste à placer une main proche d’une partie du corps, à se concentrer sur les fascias de cet endroit du corps, et à voir quels mouvements cette concentration peut enclencher. J’ai donc imaginé de les « faire converser » à travers mon fascia, et en utilisant ce principe d’écriture « guidé » par les mains, comme si mes mains étaient les chorégraphes du solo…

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